François-Henri Raymond, pionnier de l’informatique française


Ce jeune ingénieur, fonde la première « startup » française en 1947 : la SEA

Société d’Electronique appliquée à l’Automatisme

SEA

Son histoire me rappelle un peu celle de Pierre Bézier ingénieur chez Renault et pionnier de la CAO/CFAO, qui a developpé Unisurf.

Tous deux, passent pour des hurluberlus auprès de leur hiérachie, très XIX ème siècle.

Avant de fonder la SEA Raymond a été envoyé en visite aux USA par son premier patron. A son retour ses idées ne sont pas partagées par les actionnaires, décideurs : il démissionne et fonde sa société : la SEA avec deux autres ingés et un comptable.

Son objectif est de construire des calculateurs scientifiques et industriel

Raymond va produire les séries d’ordinateurs CAB livrés à partir de 1961, mais aussi le CUBA destiné à l’armée

CAB 500

Image linkée sur site : http://www.feb-patrimoine.com , très interessant

Ils serviront pour les simulateurs de la Caravelle et des Bréguets, mais aussi pour faire de la cryptographie..

Un CAB 500 renforcé a été installé dans les aciéries de Dunkerque ( voir les témoignages sur le site de Courbevoie ).

La ville de Courbevoie où était basée la SEA, lui a consacré une exposition lors du week end du patrimoine, cette année.

http://sea.museeinformatique.fr/Temoignages_r2.html

Sur le site ils ont mis un émulateur du CAB 500.

En 1958 SEA devient une compagnie du groupe Schneider comme filiale de SW Schneider-Westinghouse.

SW sera le constructeur des machines conçues par SEA.

En 1963 un évènement marquant dont Raymond ne gardera pas un bon souvenir.

L’ Etat force la main à SEA pour s’allier avec la Compagnie des Machines Bull, qui sera chargée de la commercialisation du CAB500 et absorbe certaines activités de SEA.

Cet accord, le premier essai de concentrer l’industrie française de l’informatique, laisse de côté le sort du CAB3900.

CAB 3900

Les ventes de la CAB500 par Bull n’atteignirent pas les objectifs et bientôt Bull tomba entre les mains de General Electric.

http://www.feb-patrimoine.com/projet/so … ummary.htm

En 1967 le général de Gaulle lance le plan calcul ( visionnaire ! enfin peut être pas autant qu’on peut le penser )

Il crée la CII, qui regroupe la SEA , la CSF et la CAE ( filiale de la CGE )

Bull tombé aux mains des américains et connaissant des difficultés est écarté du plan calcul.

Pourtant une équipe de Bull avait créé un modèle de calculateur industrile : le Gamma M40, dont un des exemplaires avait été installé dans la raffinerie de Feyzin. Mais l’équipe a été priée de continuer à travailler sur le modèle de General Electric..

Dans le cadre du plan calcul, le général crée aussi l’ IRIA institut de recherche au service de la CII. ( aujourd’hui l’ INRIA ).

François-Henri Raymond est nommé responsable de la branche architecture systèmes de l’ IRIA.

Mais la création de l’ IRIA avec des chercheurs de diverses origines n’est pas sans problèmes : il y a de sérieuses divergences entre ceux qui cherchent, et ceux qui veulent réaliser un ordinateur. Les premiers n’ont pas compris que pour faire la deuxième génération , il faut d’abord réaliser et vendre la première.

Raymond a une conception orientée « produit » ( son passage aux USA ) mais c’est leur mission.

Il s’est passé la même chose à Grenoble avec Télémécanique ( Mors ) et les chercheurs univeristaires pour le T2000 et T1600, si bien que pour la génération suivante SEMS la filiale informatique de Télémécanique a fait venir des chercheurs américains pour développer le Solar.

http://histoire-cnrs.revues.org/1443

L’histoire de l’ IRIA racontée dans :

« Histoire d’un pionnier de l’informatique 40 ans de recherche à l’ IRIA »

http://books.google.fr/books?id=RaT8xdW … 2C&f=false

La CII a recruté plein de gens et Raymond trouve ce truc trop lourd..

Malgré tout ils sortent les IRIS 50 , puis les IRIS 80, mais s’ils en vendent pas mal, ils ne font pas la percée escomptée face à IBM

1971 : Deuxième plan calcul. UNIDATA

Le général de Gaulle a une conception assez européenne pour faire face au géant IBM, c’est la création d’ UNIDATA , avec Siemens et Philips.

Pour Bull ça se passait bien avant l ‘arrivée de General Electric, mais GE a essayé de torpiller Bull, et ils ont commis plein d’autres erreurs, perdant énormément d’argent, allant jusqu ‘à ruiner leurs actionnaires : L’affaire Bull en 1964 dont le coût pour l’ Etat est estimé sur toutes les années à 44 milliards de francs.

1975 .. Giscard

En France l’ Etat est toujours très interventionniste ( ça n’a guère changé avec EDF, Areva, Suez aujourd’hui.)

Giscard fait sortir unilatéralement la CII d’ Unidata pour la fusionner avec Bull, qui devient :

CII-Honeywell-Bull.

C’est la fin du plan calcul, et ça a bien failli être la fin de l’ IRIA.

Scandale en France que Giscard rattache la CII seule compagnie française d’ordinateurs à un groupe américain..

Bull continue à boire la tasse et l’état le contraint à trouver des alliances et c’est devenu un monstre à douze têtes, qui contrairement à IBM, n’a pas une gamme homogène et un tas d’ OS à gérer.

http://www.feb-patrimoine.com/projet/so … e_bull.htm

Pendant ces années aux USA Digital ( DEC ) s’est montée avec deux ingénieurs et une poignée de dollars ( on parle en millions , pas en millards, me si ce sont des dollars ), et ils réussiront à faire des machines plus performantes qu ‘IBM.

Et puis il y a eu Cray et plus tard Sun qui ont travaillé en étroite collaboration avec les Universités américaines ou le MIT.

1983 : la gauche nationalise Bull ( en faillite )

Ils l’obligent à racheter SEMS qui vit des troubles sociaux dans son usine de Toulouse. ( quand ce n’est pas l’ Etat ce sont les syndicats )

Mais les bécanes industrielles ne sont pas du tout les mêmes que les ordis de gestion, ce ne sont pas les mêmes clients, les mêmes marchés, ce sont deux mondes différents.

Et bien que de nouveaux modèles soient étudiés Bull ne les développera pas et laissera tomber les Solar, pour aller se vautrer encore une fois avec les micro ordinateurs après le rachat de Zenith.

C’est dommage parce qu ‘ils ont tué une filière fraçais qui exportait des Solar sur toute la planète, et souvent avec des usines clés en main.

Puis l’ Etat a nommé le patron des Charbonnages de France à la tête de Bull, j’avais oublié cette anecdote qui a fait beaucoup rire à l’époque .

Et l’ Etat a dénationalisé Bull une fois qu ‘il a renoué enfin avec les bénéfices, vers 1990.

Au passage, en sortant son PC avec un format ouvert, que tout le monde pouvait fabriquer , IBM s’est tiré une balle dans le pied, car avec le développement des PC ça a signé le début de la fin des grosses bécanes, avec l’informatique décentralisée, et en plus Microsoft a pris une grosse part du logiciel à IBM.

François-Henri Raymond dans un colloque sur l’histoire de l’informatique à Grenoble.

http://jacques-andre.fr/chi/chi88/raymond-sea.html#R25

En complément un autre bouquin intéressant de Jean Pierre Brulé , un des anciens patron de Bull

L’INFORMATIQUE MALADE DE L’ÉTAT ( L’intro ça décape )

http://alain.aussedat.free.fr/originesA … nexe27.htm

Cette histoire laisse un peu d’amertume, tant de fric gaspillé, alors qu ‘on aurait pu faire de super bécanes, si l’ Etat avait laissé la SEA vivre sa vie, et l’avait aidé un peu, et sans ces problèmes entre chercheurs.

C’est vraiment très « frenchie » comme histoire.

En fouinant dans ces historiques, j’ai découvert qu ‘on avait inventé Internet avant l’ heure, avec le réseau Cyclades, mais c’est passé à la trappe car les télécoms avaient préparé le réseau Transpac et le Minitel.

François-Henri Raymond, qui avait constrit son premier calculo à lampes, évoquait dans ce colloque le problème des composants spécifiques au numérique. les électroniciens ne s’interressaient pas au numérique.

Puis je l’ai connu au bahut ! Faire marcher des transistors en tout ou rien : bloqué , saturé, c’était fini de calculer des polarisation, des contre- réactions, des filtres.. C’était un peu mal vu. Puis compter en binaire, sur des voyants….

On avait un cours de numérique, pour la première fois, le prof passait pour un illuminé auprès de ses collègues. Il avait prononcé le mot qu ‘il ne fallait pas « ordinateur ».. Pour moi c’était encore mystique, mais ça m’avait motivée.

Grace à ce cours , j’ai pu renter dans un labo qui passait au numérique avec les premiers circuits intégrés de Sescosem.

Il y avait bien un plan compsants avec le plan calcul, mais celui ci a été un peu négligé et Sescosem s’est retouvé en difficultés.

Peut être aurait-il mieux valu laisser couler Bull et soutenir le développement de microprocesseurs. Et à partir de là laisser faire les petites entreprises., car regrouper c’est tuer l’innovation.

Si on veut faire des ordis performants, il faut développer des circuits intégrés performants. A l’époque les américain n’exportaient pas leurs nouvelles technologies et les libéraient une fois qu ‘ils avaient trouvé mieux..

Sun a fait un malheur avec ses stations de travail basées sur son processeur RISC Ultrasparc 64 bits, quand les PC tournaient sur un processeur 16 ou 32 bits ..

Chevènement ministre avait essayé de relancer le plan composants, en lançant le PAFE ( Plan pour la filière électronqiue.). Suivi par le plan TO7 de Fabius -Jospin.

Quand on a voulu lancer Bull sur les micro-ordinateurs, c’était déjà trop tard.. Assembler des composants fabriqués par les autres..

Maurice Allègre, un ancien patron de l’ IRIA a essayé de lancer un projet privé de développement de microprocesseur, mais je n’ai pas plus d’infos..

Francois -Henri Raymond a terminé par l’enseignement, il a écrit plusieurs ouvrages et était invité dans de nombreux colloques sur l’informatique.

http://www.librairiedialogues.fr/livre/1332144-informatique-programmation-cnam-cours-a-francois-henri-raymond-masson

D’autres liens pour en savoir plus :

http://www.feb-patrimoine.com/projet/sommaire_histoire/sea_summary.htm

http://jacques-andre.fr/chi/chi88/raymond-sea.html

Publicités
Cet article a été publié dans Histoire de l'informatique. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s